Samedi 11 avril 2009
Enfance et parcours

Il passe son enfance à Dunkerque de 1891 à 1904. Étudiant à la faculté des Lettres de Lille, il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et fonde un groupe d'étudiants collectivistes. Militant fougueux, il hésite pas à porter la contradiction dans les réunions de droite.

En 1912, il effectue son service militaire au sein du 33e RI et est inscrit au Carnet B pour avoir, pendant l'une de ses permissions, manifesté contre la loi des Trois Ans.

Le 2 août 1914, il est arrêté sur ordre du préfet du Nord, de même que tous les inscrits du département, et contrairement aux instructions données par le ministre de l'Intérieur, Louis Malvy, de ne pas inquiéter les syndicalistes portés sur le carnet. Libéré sur l'intervention de Gustave Delory, il rejoint son unité et participe aux combats d'Artois et de Champagne. Il est fait prisonnier le 7 octobre 1915.

Revenu de la guerre affaibli par trois années de captivité, il se lance dans le journalisme et le militantisme. Il est alors l'un des principaux animateurs de la SFIO dans le Nord. Il est élu conseiller municipal de Lille sur la liste Gustave Delory et conseiller général du canton de Lille-Sud-Ouest. Il devient secrétaire administratif de la Fédération.

Il succède à Gustave Delory comme maire en 1925 ; il est réélu en 1929 et 1935. Député socialiste de 1928 à 1936, il devient en 1936 ministre de l'Intérieur du Front populaire de Léon Blum. C'est lui qui annonce la signature des accords de Matignon en juin 1936. On lui doit aussi la loi sur la dissolution des ligues, le 18 juin 1936.

 

L'Affaire Salengro

Roger Salengro est, à l'été 1936, l'objet d'une campagne de presse violente et mensongère de la part de la presse d'extrême-droite, en raison de son action contre les ligues (loi sur la dissolution des ligues, projet de nationalisation des gazettes d'extrême-droite). Tout commence le 21 août 1936, avec la publication par le journal d'extrême-droite Gringoire d'un article qui pose la question Roger Salengro, ministre de l'Intérieur, a-t-il déserté le 7 octobre 1915 ? Un autre journal d'extrême-droite L'Action française reprend et renforce les attaques les jours suivants. Roger Salengro oppose démenti sur démenti aux accusations, mais se voit chaque fois l'objet d'une nouvelle attaque.

La campagne de presse est relayée à la Chambre des députés par le chef de file de son opposition municipale à Lille, Henri Becquart, à partir du 14 juillet 1936.

Salengro ayant été coursier à vélo pendant la guerre, ses adversaires le caricaturent à l'envi sous l'aspect d'un cycliste. Il est surnommé le rétro-pédaleur, et les "accusations" d'homosexualité implicites se veulent blessantes. On dépose même sur la tombe de sa femme, en guise de couronne mortuaire, une roue de vélo.

Bien que l'accusation de désertion ait été reconnue comme infondée des années auparavant, le soldat Salengro ayant en fait été capturé par l'ennemi, la polémique enfle durant l'été dans un pays encore marqué par la guerre contre l'Allemagne. L'Assemblée Nationale, par un vote du 13 novembre 1936, vote par 427 voix sur 503 en faveur d'un soutien à Roger Salengro contre les accusations de l'extrême-droite. Mais Gringoire ridiculise aussitôt le ministre en le surnommant du sobriquet de Proprengro. L'opinion publique, influencée par ces attaques à répétitions, ne retient que le soupçon.

 

Son suicide

Après beaucoup de calomnies, le ministre de l'Intérieur, fragilisé, décide de mettre fin à ses jours, ne supportant plus les « mensonges ». En pleine inspection à Lille, sa ville natale, le 17 novembre 1936, Salengro rentre chez lui dans la soirée. Seul dans sa chambre, il ouvre le robinet de la gazinière, laisse ouvert sur la table deux exemplaires du Gringoire, ainsi que deux lettres : l'une adressée à Léon Blum et l'autre à son frère. Salengro meurt dans les minutes qui suivent.

Le jour de ses obsèques, Léon Blum lui rend un vibrant hommage, en accusant les journaux d'opposition de sa mort. Plus d'un million deux cent mille personnes assistent aux obsèques du ministre décédé, ce qui en fait les plus grandes funérailles nationales depuis celles de Victor Hugo. Roger Salengro est enterré au cimetière de l'Est à Lille.



Par Section Jean JAURES de Dechy - Publié dans : Histoire du socialisme
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Dimanche 11 mai 2008

Le Parti socialiste dans la Résistance
Marc Sadoun
Le Parti socialiste n'a pas de mémoire chaude, passionnée, de sa résisitance. Des témoignages, des souvenirs d'engagement personnels ne sont jamais parvenus à nourrir une mémoire collective, de groupe, suffisamment vive pour troubler le schéma binaire d'une Résistance toute entière occupée par le gaullisme et le communisme. Identifiée à la République, la SFIO ne paraît posséder aucune des ressources nécessaires à la lutte clandestine : elle est électoraliste, parlementaire, usée par ses liens au pouvoir, et ces caractères largement véhiculés par le Parti communiste lui sont si substantiellement attachés que le parti lui-même semble avoir renoncé à en contester le bien-fondé. Comme le Parti radical, comme les formations modérées, la SFIO ne peut être qu'un parti comme les autres, condamnée à disparaître, en 1940, avec son support parlementaire pour renaître - par génération spontanée ? - quatre ans plus tard avec le retour des institutions démocratiques.
Si l'on renonce pourtant à référer l'action socialiste à la lumière trop vive de l'engagement communiste, si l'on consent à prendre le socialisme comme un objet original et spécifique, on peut vérifier que la SFIO, sans utiliser les modes d'intervention du PCF et sans avoir la même efficacité, se caractérise par une capacité remarquable de surmonter des épreuves auxquelles elle n'était pas préparée : la lutte armée, la clandestinité, la disparition du cadre parlementaire.
Avec d'autant plus de mérite que la montée du fascisme et la guerre n'ont pas épargné l'organisation n'ont pas épargné l'organisation. Loin de là : en 1940, le Parti n'existe apparemment plus.
L'effondrement de la SFIO
Pour le comprendre, il faudrait remonter dans le temps, retracer les luttes qui, depuis Munich, ont opposé dans la SFIO les pacifistes et les partisans de la fermeté. D'un côté, la majorité des parlementaires, l'appareil du Parti sous la direction de Paul Faure qui voient dans les oppositions entre les démocraties et les régimes autoritaires un conflit de nature impérialiste, en somme une guerre comme les autres, qui n'engage pas le socialisme. De l'autre, Léon Blum et les fidèles, Vincent Auriol, Marx Dormoy, Jules Moch... attachés à l'alliance franco-soviétique, à la défense de la Tchécoslaovaquie. Paix ou démocratie ? Fascisme ou communisme ? Ces deux interrogations nourrissent le débat, élargissent très vite la fracture entre les deux camps. Dans la "vieille maison" qui cultivait la camaraderie, l'esprit de famille, on ne se tend plus la main, on s'insulte, on se traite de bolchévistes et de représentants de la Guépéou, d'hitlériens et d'agents de la Gestapo. De 1938 à 1940, la SFIO survit de manière artificielle, hypocrite. Les congrès, le culte de l'appareil symbolique, l'appel aux pères du socialisme reconstituent épisodiquement l'identité du Parti. Mais lorsque la défaite intervient, les oppositions ont atteint une telle intensité que personne ne songe plus à en préserver l'unité. Nul besoin de dissoudre la SFIO : la SFIO meurt, achevée par ses parlementaires qui, le 10 juillet 1940, ne trouvent pas les ressources de dire non au maréchal Pétain. Quatre-vingt-dix votes favorables à la délégation des pleins pouvoirs, c'est-à-dire, chacun le sait, à la suppression de la République, 36 opposants, 6 abstentions : le vote socialiste se distingue à peine de celui des conservateurs ou des radicaux. Dans sa majorité, l'appareil du Parti se rallie au gouvernement de Vichy. Quelques cadres posent à Paris les jalons de ce qui formerar le collaborationnisme de gauche. Les autres, ceux qui depuis Munich ont mené la résistance au fascisme, ne croient pas en général à l'opportunité d'une action politique : la lutte contre l'occupant exige d'autres armes, appelle d'autres solidarités. Comme l'écrit le socialiste Weil-Curiel : "Nous en avions assez de la République des camarades, de cette caricature de démocratie, de ce faux-semblant de représentativité populaire qui s'était effondrée à l'épreuve de l'évènement. Les anciens partis avaient sombré dans la même faillite. Les idéologies et les terminologies étaient toutes à réviser."
A la base, dominent la peur, l'indifférence, le scepticisme. Beaucoup songent à brûler les drapeaux, à enterrer les archives, à donner des gages au nouveau pouvoir; beaucoup sans doute partagent l'opinion d'un militant selon lequel : "Pétain, c'est un grand Français, il joue le double jeu, il est le sauveur de la France."
Des engagements individuels
Lorsque, dans l'été 1940, Daniel Mayer et Henri Ribière entreprennent la reconstitution du Parti, les bonnes volontés sont rares. Personne, à Montpellier et à Toulouse, pour loger Ribière. Personne, à Marseille, pour aider Cletta et Daniel Mayer qui veulent protester contre la projection du film Le Juif Süss. Pourtant, témoigne Daniel Mayer, "un militant, dont le fils est étudiant et qui fut le député du quartier de la Belle-de-Mai, quartier essentiellement ouvrier, ce qui redouble notre confiance, rencontré dans un bar, nous promet pour le soir même "une dizaine de colleurs, dont son fils. Le soir, nous étions seuls. Personne d'autre n'était venu."
Henri Ribière, c'est un peu le "père tranquille" de la Résistance : ancien membre du cabinet de Marx Dormoy, il a, disent Brossolette et Passy, l'apparence d'un "commissaire de police de Pantin". Mais son allure discrète, effacée, son absence d'ambition personnelle recouvrent une ignorance du danger et du doute qui caractérise toute cette première génération de résistants. Non pas l'ignorance du présent, mais le refus de le lire comme les autres. Surtout ne pas penser en termes de possible et d'impossible, de doctrine et de raison.
Sur ce point, pas de différence avec Daniel Mayer. La foi suffit à guider l'engagement. La foi socialiste : à trente et un ans, il a, en 1940, déjà douze ans de militantisme derrière lui, mais statutairement il n'est rien. Il a raison, ses liens affectifs avec Léon Blum, son refus des évidences. C'est tout.
Résistance spirituelle, minoritaire : le socialisme ne se distingue pas, en ces débuts d'Occupation, des autres courants. L'avantage que donne le parti de masse est ici de faible importance. Chaque action, est volonté individuelle, dépassement du quotidien. On profite d'anniversaires ou d'enterrements pour signifier par sa présence son opposition à l'ordre établi. On écrit : Jean Texcier et ses Conseils à l'occupé. On proteste : Alexandre Fourny, maire adjoint de Nantes, qui sera fusillé à Châteaubriant, renonce à son mandat; Edouard Depreux, nommé le 17 décembre 1941 président de la Commission administrative de la Seine, démissionne le jour même. Témoignages fragiles qui marquent la supériorité de l'individu, la force du vouloir. Quand Jean Texcier s'adresse aux Français, seul, "abandonné de la TSF, abandonné par (son) journal, abandonné par (son) parti, loin de (sa) famille et de ses amis",  n'est-ce pas aussi lui qu'il met en scène ? Dans ce dialogue personnel, le militant libère une force que n'inhibe aucun sentiment de culpabilité.
La force de ces voix, encore très isolées, tranche avec la discrétion des actions collectives. A la base, commencent à se réunir les sections, mais avec des effectifs le plus souvent très faibles : 40 à 60 militants à Lille, qui en comptait avant guerre plus de 3 000, une quarantaine à Marseille, 200 - mais c'est exceptionnel - à Roubaix où l'impulsion vient du maire, Jean Lebas. Et, au sommet, il faut attendre le 9 mars 1941 pour qu'un petit groupe de neufs militants décide, à Nimes, la création du Comité d'action socialiste (CAS). Sans mandat, sans responsabilité, ils ne peuvent pas reprendre le sigle du Parti. Ils ne le veulent pas encore : "Le CAS - tel qu'il se présente à vous - n'est pas le parti d'hier. Certains de ses militants l'ont trahi (...). Il a rompu délibérément et définitivement avec ceux de ses membres dont le courage moral ou physique était inférieur à l'instinct de conservation immédiate." D'ailleurs, la volonté de rupture avec le passé s'exprime clairement : à l'assemblée réunie deux mois plus tard à Lyon, on décide l'exclusion des parlementaires qui n'ont pas refusé les pleins pouvoirs.
Le sommet de Nîmes ne concerne en fait que la zone sud. Car dans le Nord, le processus est différent, plus local, d'abord impulsé par des militants de la Ve section qui se réunissent dès juillet 1940 à l'initiative d'Amédée Dunois et d'Elie Bloncourt, député de l'Aisne. C'est à partir de militants confédérés qu'il le fait. Enfin, on ne saurait ignorer les initiatives isolées que l'on retrouve des deux côtés de la ligne de démarcation, parfois à l'initiative du secrétaire fédéral (les Alpes-Maritimes, la Charente-Inférieure, le Pas-de-Calais), parfois à l'initiative de militants dépourvus de tout mandat, comme à Toulouse, à Montpellier ou dans la Seine-Maritime.
Longtemps, le CAS restera un groupuscule sans audience dans la population socialiste, sans appareil ni moyens financiers. L'ambition des dirigeants n'est pas alors d'élargir le recrutement, mais bien plutôt de développer des contacts avec les militants les plus dignes de confiance par leurs engagements passés. Un club, une société de pensée dont l'intérêt est pour l'instant moral : entre camarades formés à la même école, testés dans l'adversité, on justifie et on cultive l'esprit de résistance. D'où une tendance marquée à l'introversion : "Au début de 1941, il n'y eut guère de travail accompli, la plupart des réunions se passaient  en parlotes", reconnaît Gérard Jaquet. Dans le Nord par exemple, les grandes grèves de mai 1941 sont dues à des mouvements spontanés ou à la seule initiative des militants du PCF. Les socialistes, malgré une implantation ouvrière solide, restent continuellement  en retrait de l'action, en partie par suite du discrédit dont souffrent certains des responsables syndicaux ralliés au vichysme ou au collaborationnisme, en partie aussi du fait de l'incapacité des socialistes de dépasser le cercle de l'organisation.
L'action politique plutôt que la lutte armée
Le problème mérite d'être souligné, car il exprime sans doute l'un des traits de caractère les plus profonds du mouvement socialiste. On le voit bien lorsque celui-ci doit se prononcer sur ses modes d'ointervention dans la résistance active. Faut-il développer des groupes armés propres au Parti ou, au contraire, s'effacer, se limiter à l'action politique ? Le Parti communiste opte pour la première solution en créant en mai 1941 le Front national; le CAS choisit la seconde. Au combat contre l'occupant, il importe, dit Blum, de donner une impulsion et une direction unique. Il y va de l'efficacité de l'union.
Mais à constater que cette décision est prise de la même manière dans les deux zones, spontanément, comme une chose qui va de soi, on est conduit à souligner ce qui exprime ici une composante essentielle de la culture socialiste : le refus de dépasser les frontières de l'action politique, la crainte de s'aventurer sur un terrain inexpérimenté. A côté des partis existaient avant-guerre des organisations spécialisées : syndicats, coopératives, mouvements d'ancierns combattants... C'est au nom de la même division du travail que le CAS abandonne aux mouvements de résistance la responsabilité de la lutte contre l'occupant. Derrière l'effacement, l'attachement à l'unité nationale qui habillent, légitimement sans doute, le refus socialiste de constituer des groupes d'action, il faut voir les résistances culturelles, la force de s représentations.
J'ai insisté sur le rôle de l'individu, sur la part des initiatives locales. On ne saurait cependant ignorer la place tenue par les anciennes élites. L'abstention (volontaire ou forcée : je pense aux nombreux cadres enseignants déplacés d'office) du notable peut aboutir à geler les mécanismes informels de fonctionnement du mouvement, tandis que son engagement devient la condition nécessaire d'une reprise rapide de l'action. Coupés de leur direction fédérale, les militants hésitent à prendre l'initiative; c'est souvent après la visite d'un cadre ou d'un élu national que la vie reprend, souvent d'ailleurs de manière éphémère.
Surtout, il y a Léon Blum, dont l'influence est décisive dans la reconstitution du Parti et la définition de ses options. Arrêté le 15 septembre 1940, bientôt transféré à Bourassol, Blum, que visitent régulièrement les émissaires du CAS, oriente les choix, aide à lever les résistances des militants, en particulier sur le leadership de De Gaulle. Surtout, il redonne au Parti sa vie et son honneur par la défense qu'il assure au procès de Riom intenté en 1942 par le gouvernement de Vichy. S'efface alors l'image d'une SFIO impuissante, discréditée, partagée entre une aile attentiste ou consentante au nouveau régime et des militants clairsemés. A ces derniers, le procès donne une légitimité qu'ils n'avaient pu revendiquer que partiellement par la création du CAS; il les installe en quelque sorte à la direction du Parti socialiste.
Une résistance socialiste sous-estimée
Au début de l'occupation, les socialistes résistants étaient condamnés à un travail obscur de recrutement qui ne pouvait offrir de but crédible à des militants désorientés. Les uns, réfugiés dans l'attentisme, vont pouvoir renouer avec une action politique qui leur est familière; les autres, entrés dès les premiers jours dans la Résistance, sceptiques sur l'utilité même des partis politiques, redécouvrent une organisation blanchie, purifiée, et des valeurs dont la défense dépasse le cadre des seuls mouvements de lutte contre l'occupant. Sans retrouver les effectifs d'avant-guerre de la SFIO, le CAS élargit son recrutement à des militants formés dans la Résistance. Il peut à nouveau revendiquer son sigle, redevenir, en mars 1943, le Parti socialiste.

Les chiffres dont on dispose sont contradictoires, trompeurs dans un milieu où n'existe pas  de procédure formelle d'adhésion. Les Pyrénées-Orientales comptaient, en 1938, 2 350 adhérents : un rapport de décembre 1942 lui en attribue 2 270, un autre de janvier 1943 lui en concède 3 758, un troisième, enfin, rédigé à la Libération, parle de 2 500 militants "n'ayant pas démérit".  Comme si la résistance socialiste s'appréciait à la seule absence de compromission avec le gouvernement de Vichy.
En recoupant les sources, et sous bénéfice  d'inventaire, on peut estimer que le Parti socialiste ne comptait pas, en décembre 1942, plus de 10% de ses effectifs d'avant-guerre, soit 28 000 membres et, en 1944, un maximum de 50 000 adhérents. Déchet considérable ? Oui, sans doute, mais à condition de rappeler, par comparaison, que la Résistance a, dans son ensemble, rassemblé des effectifs proportionnellement beaucoup plus faibles. De noter aussi que, bien souvent, le résistant socialiste ne rejoint pas, sous l'Occupation, son Parti sans pour autant ropre ses liens affectifs et idéologiques.
Si l'on ajoute l'importance de sa contribution aux mouvements de résistance, il faut bien reconnaître que l'engagement socialiste ne se réduit pas à une force d'appoint. Mais, par la distinction qu'il a opérée entre le projet politique et l'action immédiate, le Parti s'est nécessairement exposé à la suspicion. Face au PCF apparemment peu concerné par les problèmes d'après-guerre, exclusivement sollicité par la lutte contre l'occupant, le Parti socialiste passe pour une formation d'abord inquiète de l'organisation économique et gouvernementale du pays libéré et de la sauvegarde de ses intérêts politique. Image tranchée, manichéenne qui occulte tout à la fois la contribution socialiste à la résistance active et la rationalité corporative qui structure l'ensemble du discours résistant à mesure que la compétition pour le pouvoir politique se fait plus vive. Mais image aussi que le Parti a longtemps entretenue par sa fermeture à toute perspective non politique et par son ignorance de l'ordre des priorités imposé par la lutte contre l'occupant.
Ces miltants qu'il a abandonnés aux mouvements en refusant de former ses propres groupes d'action, n'appartiennent plus au Parti. Ils ne sont plus que des résistants, des gaullistes que, par une comptabilité étroite, il tente de s'annexer. Lui qui affirmait son abnégation, son attachement à l'unité nationale, est bientôt taxé d'intérêt et d'attentisme. Le PS, affirme-t-on dans les milieux de la Résistance, ne songe qu'au lendemain, au pouvoir, à la politique, cette activité méprisable, intéressée, paperassière et sans risque.
L'accusation contient du vrai. Le rôle d'un parti, estime le CAS, consiste à mettre au point un programme, à préparer la Libération, à persuader "en vue de regroupements", non à saboter ou à harceler l'ennemi. Il importe de reconstituer les bases d'une république démocratique - la fondation du Conseil national de la Résistance à laquelle le PS prend une  part décisive répond à ce besoin -, de préparer la future constitution, de former et de purifier le personnel politique. Autant de thèmes qui constituent la matière principale des journaux, L'Homme libre dans le Nord, Le Populaire dans les deux zones, et des tracts auxquels le Parti consacre son activité.
Mais cette activité n'est pas sans danger. Deux des neufs membres du premier comité exécutif du CAS de zone Sud soont déportés, E. Thomas et S. Buisson, de même que trois des treize responsables du Parti de zone Nord (A. Dunois, J. Biondi, et A. Malroux). Et, bien souvent, c'est au courage de ceux qui n'hésitent pas à signer leur propre condamnation que les autres dirigeants devront leur survie.
Une résistance politique mal considérée
Alors pourquoi ce mépris de l'homme politique dont témoignent les dirigeants des mouvements ? Pour protéger la civilisation résistante des impuretés de la politique ? Ou plutôt pour masquer la dimension politique de son propre combat, pour mieux affirmer sa propre pureté ? Face au politicien à l'esprit étroit, calculateur, d'abord soucieux de ses intérêts, le résistant peut se définir, comme en négatif, par son patriotisme, sa valeur morale, le caractère désintéressé de son combat. Traçant un portrait du "comitard de la IIIe République", Combat le voit "barbichu, aigrelet ou redondant, la bouche en coeur et la larme à l'oeil",  et Claude Bourdet, se souvenant d'une rencontre avec des dirigeants socialistes sous l'Occupation les décrit ainsi : "Ceux-ci avaient l'air de bons bourgeois du Midi, manteau foncé, chapeau mou de même. Si je ne craignais de faire appel plutôt à l'imagination qu'au souvenir, je dirais qu'ils étaient probablement un peu ventrus."
Le socialiste est moins jugé pour ce qu'il est que pour ce qu'il représente : l'assiette au beurre, la cuisine électorale, l'excès de bien-être; il reste pour les autres le politicien, le bureaucrate, le "planqué". Image d'Epinal qui, par la dévalorisation de l'autre, sert l'affirmation de soi. Car le résistant n'est pas continuellement occupé au maniement des armes - Bourdet lui-même se définit comme un fonctionnaire, rédigeant des circulaires et participant à des comités -, mais il laisse aisément accréditer l'image romanesque du militant bravant les forces conjuguées de l'occupant et du gouvernement de Vichy pour mieux dégrader le portrait de l'éternel politicien, assis devant "le vin-Pernod des cafés du commerce".
Antihéros pour les mouvements de Résistance, le CAS l'est aussi pour le Parti  communiste. Pour la majorité des résistants, les communistes constituent un modèle, une réfèrence pour la pensée et pour l'action. Leur engagement contre l'occupant, la résistance des troupes soviétiques à l'envahisseur allemand leur valent une sorte d'aura, d'admiration qui les protège de tout sentiment de culpabilité. Les socialistes n'ont pas ces préventions, et ils sont souvent les premiers à déceler les stratégies d'investissement des communistes à la tête des mouvements de résistance, les intérêts qui masquent leur action. Mais ils n'échappent pas à cette tendance à se situer par rapport au frère ennemi. Puisqu'on  leur refuse le statut d'organisation résistante, ils vont chercher leur légitimité du côté du PCF, tenter par un accord de Front populaire d'obtenir une revalorisation de leur image révolutionnaire et le statut de partenaire privilégié.
Quète infructueuse. On se rencontre, on s'écrit, mais toujours sur un mode difficilement acceptable pour les socialistes. Tout tient en fait dans l'inégalité des positions dont bénéficie chaque parti. Instance révolutionnaire légitime, le PCF peut clamer son apolitisme, prôner l'union la plus large des classes sociales, alors que le Parti socialiste doit à tout instant justifier son statut et ses ambitions, quémander une légitimité dont bénéficie sans effort et quels que soient ses choix le Parti communiste. Il est condamné à la rigueur : dans le programme, dans l'épuration, dans l'action. Le PS n'a pas cette assurance, cette facilité des groupes dominants à s'adapter aux situations les plus imprévues. Toute innovation l'oblige à trouver des guides, des références. Or, justement, le Parti communiste, référence habituelle, lui fait défaut au début de l'Occupation. D'où cette recherche de modes d'intervention expérimentés : un Conseil national de la Résistance où les rôles sont distribués sans ambiguïté, une participation aux gouvernements de Londres et d'Alger. Dans la Résistance, le Parti socialiste reconstruit un univers politique à sa mesure. Aux formations politiques l'action politique, aux mouvements de résistance l'action immédiate : on reconnaît là les caractères profonds d'une organisation façonnée par les luttes parlkementaires, qui reproduit dans la clandestinité ses modes d'intervention habituels. D'où le statut marginal du PS sous l'Occupation, sa condition d'étranger dans un milieu méfiant à l'égard du régime déchu. D'où auusi sa difficulté à faire vivre la mémoire d'une action qui n'a pourtant pas été marginale. 

Par Section Jean JAURES de Dechy - Publié dans : Histoire du socialisme
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Samedi 19 avril 2008


Sous la direction de Pierre Guidoni et Robert Verdier
Préface de Laurent Fabius
Les historiens relèvent parfois d'étonnants silences. La place des socialistes pendant la Résistance est mal connue. Les socialistes jouèrent pourtant un rôle déterminant dans la lutte pour la Libération. Dans le maquis du Vercors, ils furent parmi les cadres. A Londres, ils occupèrent des postes clés auprès de De Gaulle et parfois aussi contre lui. En prison, ils tinrent bon face aux tortionnaires. Partout en France,ils tentèrent de préserver l'idéal républicain et, très tôt, pensèrent à ce que serait l'après-guerre. Car leur grand mérite est d'avoir su conserver une tête politique à l'heure du combat, sans tomber dans le culte de la personnalité ni négliger les nécessaires solidarités de la lutte.
Ce livre est un parcours dans un milieu, celui des résistants socialistes. Il est aussi une invitation à penser les formes de l'engagement contre l'occupant et le régime de Vichy.
On y découvre des personnalités exceptionnelles. Certaines, comme celle de Pierre Brossolette ou de  Léon Blum, sont restées célèbres. D'autres sont ici restituées dans leur grandeur. Des groupements originaux naquirent de leur action. Plusieurs de leurs idées conservent une étonnante actualité.

Préface
Socialistes et résistants, l'esprit des droits
Laurent Fabius
L'histoire a ses oublis. La mémoire, ses intermittences. Lors du dernier conflit mondial, les héros français de l'ombre, ceux qui avaient eu le courage de prendre tous les risques en portant les armes contre l'occupant, en cachant des familles en fuite, en gagnant les maquis, refusèrent souvent à la Libération d'apparaître dans la lumière de la Nation. Ils ne voulaient pas d'autre récompense que celle de leur conscience. Pendant la longue nuit, c'est elle qui leur avait dicté leur action. Abnégation et désintéressement, ils se disaient chaque matin, la paix revenue, qu'ils n'avaient fait que leur devoir. C'est une des raisons pour lesquelles la Nation n'a pas toujours rendu justice aux gestes de ces "hommes contre", de ces hommes qui, eux aussi, n'avaient demandé "ni la douleur, ni les larmes, ni la prière aux agonisants" et qui, poursuivis, traqués, virent comme d'autres leur nom et quelques mots dans un allemand menaçant sur l'affiche rouge de sang. Le temps a passé. Beaucoup sont morts. Leurs familles, elles savent encore. Elles se rappellent l'angoisse, les privations, la peur. Pour combien d'années ? Jusqu'au dernier survivant. Cela est-il suffisant ?
Nous sommes les héritiers des socialistes de ces terribles moments. La vérité aussi est un travail. Ce recueil devrait contribuer utilement à réparer une omission et à réveiller une filiation. Il donne sa véritable valeur au rôle de nos camarades dans la Résistance. Entre la flamme du gaullisme et le sacrifice des communistes, leurs actions, leurs mouvements ont longtemps été minimisés. La confusion des évènements entraîne la simplification des récits. Les légendes n'aiment pas les précisions. On n'a pas voulu entendre ceux qui, modestes, ne disaient rien parce qu'ils pensaient que parler n'était pas nécessaire. Notre Parti, il est vrai, n'a pas spécialement exalté ses martyres. Doit-il pour autant oublier ses héros ?
Dans cette exactitude retrouvée, il n'est pas question de réécrire le cours d'une histoire qu'on aurait sans doute souhaitée moins nuancée. Les lignes de partage, les ruptures, les volte-face, les grandeurs et les insuffisances, les illusions et les regrets font partie de notre héritage. Ils instruisent le présent en expliquant le passé. Ils dirigent un puissant projecteur vers la faiblesse des hommes ou vers leur force. Parmi les militants de la SFIO, tous ne firent pas preuve de lucidité et de clairvoyance. Beaucoup ont été trompés. Certains se sont trompés. Quelques-uns ont trompé.
Il y eut des parcours difficiles et différents. Regarder le passé sans crainte, faire la part du lâche et du sublime, ne revient pas à considérer qu'un titre de bravoure ne vaut plus rien à partir d'une certaine date. La guerre ne fut pas gagnée seulement à l'heure H du jour J. Parmi ceux qui tombaient, qui se battaient, qui triomphaient, on ne comptait pas qu'une seule espèce d'hommes, mobilisés depuis cinq ans ou sortis des maquis. En 1944, la rue de Rivoli fut "conquise", l'hôtel Meurice pris sur l'ennemi, la place de la Concorde libérée à la fois par des soldats qui suivaient Leclerc depuis Kouffra, par des résistants qui avaient connu les mois de clandestinité, par des passants subjugués et des étudiants qui, le matin, avaient rammassé un fusil abandonné. Leurs noms,indissociablement mêlés sur les plaques de marbre, rappellent leur mort et leur exploit. Au 18 juin 1940, quarante millions de Français ne se levèrent pas pour chasser l'ennemi que leur armée avait laissé entrer en mai. C'est, qu'o, le veuille ou non, la réalité.
Car, comme en 1870, comme en 1815, nous fumes d'abord dans le camp des vaincus. Le monde constuit depuis 1918 s'effondrait. Certes, de l'autre côté de la Manche, il y avait Douvres et le combat qui continuait. L'Angleterre bravait le continent passé tout entier sous le joug de l'Axe et de ses dirigeants fanatiques. Quelques Français autour de De Gaulle, libres et admirables, le virent et rejoignirent cette île. "Des forces immenses n'avaient pas encore donné". Il faut saluer leur conviction, leur engagement. Mais, de ce côté-ci de la Manche, il y avait Dunkerque, la sévère défaite, en quatre semaines des centaines de milliers de morts, les prisonniers, l'exode, Guderian et ses Panzers qui  avançaient sur la Loire, un Maréchal chevrotant dont beaucoup voulaient ignorer la douteuse amitié pour Franco et les dérives fascistes, le fantasme mort-né du réduit breton, les erreurs de l'état-major, l'administration sur les routes, le Parlement réfugié à Bordeaux et le Gouvernement dans des châteaux.
Dans un pays vaincu, aux élites en déroute, quand on a vingt-cinq ans, il est beaucoup plus de Fabrice à Waterloo que de Bonaparte au pont d'Arcole. Des Pierre Brossolette par cohortes, des Jean Moulin par dizaines, nous l'aurions souhaité. Voguant vers l'outre-mer, errant dans un théâtre ou un casino, les dirigeants français n'ont pas été exceptionnels. Le 10 juillet en témoigne. Il faut le regretter, le condamner, mais ce n'est pas uniquement cela qu'une accusation facile ferait montrer du doigt. D'ailleurs les études les plus récentes, comme celles d'Olivier Wieviorka, l'établissent : beaucoup se sont par la suite ressaisis, ont redressé la tête ou sont morts en déportation. Avaient-ils été incertains, irrésolus ou hésitants ? S'étaient-ils perdus , sans repères et comme aveuglés ? Poue entendre leur réponse posthume, il faut exhumer des correspondances, deviner des amitiés. Des biographies s'efforcent de tracer un portrait, de comprendre un itinéraire. C'est un genre difficile où n'est pas Pierre Péan qui veut. La lumière, avec retard, un jour de 1941, 1942 ou de 1943, leur apparut et ils firent montre, alors, de quoi ils étaient capables. C'est de ce comportement aussi qu'il faut leur donner acte. La Gestapo des derniers jours n'était pas plus tendre que celle du commencement. Les autobus de la barbarie vers Drancy, les convois des commandos Nacht und Nebel pour Dachau, Ravensbrück ou Auschwitz-Birkenau ne se firent pas moins nombreuxou moins atroces. Pour celui qui s'était engagé la veille, pour celui qui luttait depuis le début, une fois pris, la torture et la mort étaient au bout du chemin. Les bourreaux et les chiens ne faisaient pas le tri quand s'arrêtaient les trains.
Lorsque je m'interroge sur cette période et ceux qui ont failli, je songe pparticulièrement à tous ceux qui, venant par exemple du comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes ou issus des mouvements pacifistes, eurent d'étranges parcours faits de contradictions et de refus de la réalité. La haine de la viloence certes, le goût du pouvoir, le manque de structuration idéologique et la tentation de la renommée également, avec l'aveuglement et la naïveté, conduisirent plusieurs anciens socialistes dans une ornière d'où ils ne sortirent jamais. Alibis ou faux-semblants, rien n'excuse leur erreur. Elle fut dans touis les cas fatale. Ceux qui, dans nos rangs, se sont trompés, nous ont trompés les premiers. Pour cela, on peut doublement les condamner.
Mais dans la débâcle et le déshonneur, dans l'étourdissante clameur de ceux qui mentaient aus Français, d'aucuns continuaient  à crier le vrai. Le vertige, le désespoir et la fatalité furent surmontés par certains. Il y eu des socialistes, beaucoup de socialistes dès les premières heures de cette triste défaite, pour relever le gant et continuer le combat. Il y eut des militants de base ou des députés pour comprendre que leur engagement politique leur donnait des devoirs et que ces devoirs étaient sacrés. C'est aussi la grandeur du Parti socialiste d'avoir su affronter l'action clandestine quand son expérience antérieure ne lui avait enseigné que le débat parlementaire ou les joutes de Congrès. Les socialistes comptaient peu de militaires et les militaires prisaient peu les socialistes, même si, notamment pour ce qui est des chars et de l'aviation, ils leur devaient le début du réarmement après des années d'incurie. Ce fossé fut un handicap.
Espérer quand tout semble compromis, ne pas plier sous la force, choisir la vérité face au mensonge, la justice contre la barbarie, garder foi dans le progrès et l'humanité, il y eut, dans l'improvisation des heures sombres, des hommes et des femmes pour braver l'inconnu. Deux figures symbolisèrent cette aspiration au renouveau et à la victoire. Deux piliers incarnèrent le refus de se soumettre. Léon Blum, le prisonnier et  Daniel Mayer le résistant.Le militant et le Président du Conseil avaient marché main dans la main dans le soleil de juin 1936. Quand ils se retrouvent fin 1940, une même assurance les anime, la certitude de ceux qui ont regardé la mort en face et l'ont fait reculer. Convaincus que le droit est dans leur camp, lutteurs et arbitres à la foi, ils n'hésitent pas. Ils savent que l'honneur de la France ne se perd pas comme celui d'un général de la première guerre mondiale, dans une poignée de main sur le quai d'une gare avec un caporal bohémien. Sans attendre il faut réexister, tracter, diffuser. Il faut quelqu'un pour reconstruire le parti clandestin. Blum a confiance en lui : Mayer sera cet homme-là. Juif, résistant et socialiste, il risque à chaque instant trois fois sa vie. Il accepte l'honneur d'être la cible pendant que Blum ridiculise les pantins réunis en tribunal pour le juger à Riom et le pouvoir de carnaval sordide qui les a mandatés. Blum peut se défendre. Il a le corps entravé, mais l'esprit libre. Un parmi ses frères en socialisme, Mayer, agit désormais dans l'armée des ombres. A l'école de l'abnégation, au miroir de la solidarité, il incarne le socialisme dans le courage du combat clandestin.
Avec la droite républicaine, avec les autres mouvements, le temps n'est pas aux divisions partisanes, mais à l'effort commun sur le terrain. Plus de place pour les querelles. Tout le monde ne l'entend pas ainsi. Mayer et Blum ont cette clairvoyance des stratèges visionnaires. Les militants socialistes sont donc encouragés à entrer dans les réseaux existants. L'heure est à l'union de toutes les forces et bonnes volontés. Le parti socialiste ne créera pas son mouvement propre. Mais dans l'urgence des luttes quotidiennes, les socialistes en résistance préparent l'avenir. Ils veillent à ce que la bataille ne soit pas menée en vain, ni la victoire confisquée par certains. Ils protègent la République contre les déviances toujours possibles et lui permettent de renaître plus belle et plus généreuse, laïque, démocratique et sociale, à la Libération.
Tirant la leçon des années de honte et d'occupation, le Parti socialiste s'est ainsi reconstruit sur de nouvelles bases. Ce fut le creuset d'une identité nouvelle, d'une exigence morale. Le 14 octobre 1944, Daniel Mayer l'expoliquait à la radio : "Pour un socialiste, le combat n'est jamais terminé ... Bataille contre l'ennemi, contre les agents de l'ennemi, mais aussi bataille sur soi-même. Il nous a fallu devenir d'autres hommes. Ceux qui avaient des moustaches les ont coupées, tandis que ceux qui n'en n'avaient pas, les laissaient pousser. Nous mettions des chapeaux qui ne nous allaient pas et des lunettes qui nous obscurcissaient la vue. Oui, mais ce n'est pas seulement sur le plan physique que l'ennemi nous a obligés à nous transformer. Il nous a permis aussi de nous affirmer sur le plan moral. Désormais, pour être des nôtres, il faudra faire preuve de qualités morales : désintéressement, courage, probité, attachement au bien public."
Ces notions, ces valeurs demeurent les nôtres. Celles du socialisme moderne. Plus de cinquante ans après les années noires, le passé est une étoile qui continue de nous dicter notre conduite. Ces hommes et ces femmes dévoués, socialistes en résistance, socialistes en politique, nous ont confié le sens de leur démarche. Ceux qui n'ont connu de cette belle aventure qu'Epinay, la rose-au-poing ou ses développements récents, doivent méditer leur exemple. L'honneur de se battre pour la France opprimée implique de ne jamais tolérer que la France opprime. Le message de la Résistance, c'est celui de l'universel en marche, de l'humanité en lutte contre l'inadmissible, pour les droits, les garanties et les libertés de chaque individu. C'est le geste gordien du refus, le pouvoir de dire non à l'intolérable, "la muse d'Indignation" qu'évoque Hugo, l'épée qui tranche arguties et sophismes en leur opposant le non monosyllabique de celui qui ne se corrompt pas. Il y a des choses qu'on ne doit jamais accepter, en aucun cas, sous aucune forme; dans aucune circonstance, même si le droit paraît le permettre et trouve pour cela des arguments raisonnables. Parce que la personne humaine n'est jamais à l'abri des compromissions, l'amour des libertés est un apprentissage perpétuel. Est-il de plus belle formation à la vie ?
De cet esprit de résistance permanente, la gauche a charge de responsabilité et de transmission. A elle de veiller sur l'âtre pour que le feu ne s'éteigne pas. A elle d'être vigilante, au gouvernement ou dans l'opposition, écoutée ou écartée, pour dire que "le ventre est encore fécond". A elle de garder en tête les principes de son combat, et de lutter pour que chaque jour soit meilleur que le précédent. Il s'agit de rappeler à la France, avec l'acharnement des grandes fidélités, d'où elle vient et où elle va.
Hors de l'atelier des légendes, l'exploration sans parti pris de ce que fut aussi notre histoire participe à la construction de nos valeurs. A intervalles réguliers, mémoire et histoire doivent mutuellement se revisiter. Le politique doit favoriser ce rendez-vous. Le vrai garant des leçons du passé se trouve en effet dans la conscience critique. Le regard braqué vers les temps écoulés, c'est le seul outil pour conjurer les répétitions, l'indispensable compagnon de l'avenir, l'invitation permanente au sursaut. C'est le moyen de ne plus se tromper.

 

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Samedi 19 avril 2008

 

                            

"Il n'est pas possible que la malédiction s'abatte éternellement sur les déshérités"


Qui connaît aujourd'hui le nom de l'inventeur du bibliobus, du Festival de Cannes, des billets congés payés, mais surtout celui du précurseur d'une politique ambitieuse de la jeunesse, du sport et des loisirs ?
Si le nom de Léo Lagrange figure au fronton de nombreux stades et édifices sportifs en France, c'est qu'il fut le ministre le plus populaire du gouvernement de Léon Blum en 1936. Ouvrant l'accès à la culture au plus grand nombre, favorisant l'émergence d'une véritable civilisation des loisirs, Léo Lagrange a été le ministre de la joie de vivre. Il fut l'ami de Malraux. Héros d'un socialisme profondément humaniste, antimunichois, volontaire des deux guerres mondiales, il est mort au combat en 1940.

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Vendredi 18 avril 2008

Depuis plus d'un siècle, les Socialistes refusent l'ordre injuste des choses et travaillent à la construction d'une société plus humaine. Comme aime à le rappeler Pierre Mauroy, la Fédération du Nord occupe une place particulière dans l'histoire du socialisme français.
Depuis plus d'un siècle, dans le Nord, notre histoire est marquée du sceau de la tradition et de la rénovation, d'une farouche volonté d'agir sur le quotidien au travers des collectivités que nous gérons, de la recherche constante de l'unité, de l'esprit de fraternité et de convivialité.
Etre socialiste dans le Nord, c'est aussi faire partie d'une même famille qui aime à se retrouver et à se rassembler.

Repères historiques
La SFIO

1905 : Congrès d'unification des organisations socialistes (dont celles de Guesde et Jaurès) : création de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO). Jean Jaurès domine le parti (synthèse, réforme, révolution) qui se développe en adhérents et en suffrages.
1914 : Assassinat de Jaurès le 31 juillet
1917 : Révolution bolchévique en Russie
1920 : Congrès de Tours : la majorité des socialistes décide d'adhérer à la IIIème Internationale de Lénine et fonde la SFIC (PCF). Léon Blum maintient la "vieille maison" et préserve les acquis du socialisme démocratique.
Le Front Populaire
1936 : la montée du fascisme et du nazisme en Europe, les manifestations des ligues d'extrême droite en France, entraînent le rassemblement de la Gauche : réunification syndicale, pacte d'unité d'action PCF/SFIO... Le "Front populaire" remporte les élections, Blum est président du Conseil. Grèves et accords Matignon (congés payés, 40 heures, nationalisations, délégués syndicaux...)
1938 : rupoture du  "Front populaire"
Résistance : reconstituion du parti dans la clandestinité par Daniel Mayer
1945 : 350 000 adhérents. Tripartisme PS/PC/MRP jusque 47. Programme du Conseil National de la Résistance (nationalisations, sécurité sociale, comités d'entreprises).
Le temps de l'opposition
1958 : Charles de Gaulle, Président du Coseil puis Président de la Vème République.
1965 : François Mitterrand candidat unique de la Gauche aux Présidentielles met de Gaulle en ballotage (45,5 % au 2ème tour).
Constitution de la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste).
1968 : évènements de mai. Défaite sévère de la Gauche aux législatives.
1969 : Mutation de la SFIO en nouveau Parti Socialiste au Congrès d'Alfortville. Gaston Defferre candidat à la Présidentielle recueille 5% des suffrages.
En juillet, Alain Savary, devient le 1er Secrétaire du nouveau Parti Socialiste au Congrès d'Issy-les-Moulineaux.
Le Parti Socialiste
1971 : Congrès de l'unité à Epinay. Nouveau Parti Socialiste, Convention des Institutions Républicaines et Clubs forment le Parti Socialiste : Union de la Gauche et Rénovation. François Mitterrand 1er Secrétaire.
1972 : Convention de Suresnes : programme "Changer la vie". Signature du Programme commun de gouvernement PS/PC/MRG.
1973 : PS+ MRG : 20,65% aux législatives. Congrès de Grenoble : 107 000 adhérents.
1974 : François Mitterrand, candidat unique de la Gauche aux Présidentielles obtient 49,19% au 2ème tour. Les Assises voient l'ouverture du Parti à certains courants du PSU (Michel Rocard).
1975 : Congrès de Pau.
1977 : Poussée de la Gauche aux municipales. Congrès de Nantes. Rupture de l'union de la gauche due au PCF.
1978 : Législatives : PS + MRG : 24,7%.
1979 : Congrès de Metz. 1ères élections européennes : 23,53%.
1981 : Congrès de Créteil : ratification de la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle et des 110 propositions. Lionel Jospin devient 1er Secrétaire du PS.
Le temps du pouvoir
10 mai 1981 : François Mitterrand est élu président de la République avec 52%  des voix. Pierre Mauroy devient 1er Ministre. En juin, le PS obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Congrès de Valence.
1983 : Congrès de Bourg-en-Bresse centré sur la politique économique (rigueur).
1984 : Laurent Fabius 1er Ministre en juillet. Le PCF quitte le gouvernement.
1985 : Congrès de Toulouse.
16 Mars 1986 : le PS obtient 32% des voix aux législatives. La droite est majoritaire. Jacques Chirac, 1er Ministre.
1987 : Congrès de Lille : rejet de toute dérive centriste.
8 mai 1988 : réélection de François Mitterrand à la Présidence avec 54% des voix. Michel Rocard 1er Ministre.
Aux législatives, le PS obtient37,5%. Majorité relative de la Gauche à l'Assemblée. Pierre Mauroy 1er secrétaire du PS.
1989 : meilleur score du PS aux municipales : 84 villes de plus de 30 0000 habitants.
Mars 1990 : Congrès de Rennes :. Nouvelle déclaration de principes.
Mai 1991 : Edith Cresson, 1er Ministre. Congrès de l'Arche; : Adoption du projet socialiste pour l'an 2000.

1992 : Laurent Fabius 1er secrétaire.
Mars : échec aux élections régionales et cantonales.
Avril : Pierre Bérégovoy 1er Ministrre. Congrès de Bordeaux.
1993 : Lourde défaite aux législatives. Le PS obtient 19,5% des voix.
Edouard Balladur, 1er Ministre. 2éme cohabitation.
3 avril 1993 : le Comité Direccteur met en place une direction provisoire présidée par Michel Rocard. Lancement des Etats Généraux.
1er mai : suicide de Pierre Bérégovoy.
Juillet (2,3 et 4) à Lyon : Etats généraux.
Octobre, au Congrès du Bourget, Michel Rocard élu 1er Secrétaire par 80% des délégués.
16 janvier 1994 : 1 million de personnes manifestent à Paris pour défendre la laïcité.
Juin : sévère défaite du PS aux Européennes : 14,49%. Le Conseil national élit Henri Emmanuelli 1er Secrétaire.
Novembre : Congrès de Liévin. François Mitterrand vient saluer les Socialistes.
Espoir et Rénovation
1995 : février, 82 649 militants élisent à bulletin secret leur candidat à l'élection Présidentielle. Lionel Jospin obtient 65,85% des suffrages contre 34,15% à Henri Emmanuelli.
7 mai : En tête au 1er tour avec 23,24%, Lionel Jospin réunit 47,33% au 2ème tour.
En juin bon score de la gauche aux municipales. Septembre; le Conseil national soumet un questionnaire au vote des militants.
Octobre 1995 : Conventioon extraordinaire; Lionel Jospin est élu 1er Secrétaire par 94,17% des militants.
8 janvier 1996 : décès de François Mitterrand.
30, 31 mars 1996 : Convention sur "la France, l'Europe et la mondialisation".
29, 30 juin 1996 : Convention sur "les Acteurs de la démocratie"
14, 15 décembre 1996 : Convention "Propositions économiques et sociales"
Mars 1997 : désignation des candidats aux élections législatives de 98 (40% de femmes)
21 avril 1997 : dissolution de l'Assemblée nationale par Jacques Chirac.
25 mai et 1er juin 1997 : Eléctions législatives : la gauche plurielle obtient la majorité. Lionel Jospin 1er Ministre. 252 députés socialistes à l'Assemblée nationale dont 41 femmes.
Novembre 1997 : François Hollande est élu 1er secrétaire à la suite du Congrès de Brest.    

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Jeudi 28 juin 2007

                                                                   
le-poing-et-la-rose.jpg
Marx exigeait du "pain et des roses" pour les damnés de la terre. 
"Le poing et la rose" est le symbole imaginé et traduit en image par la fédération socialiste de Paris en 1970, animé par les militants du CERES. Il est devenu le logo du parti socialiste après le congrès d'Epinay.
Il associe au poing des luttes et de la prise en main par les hommes de leurs destins la rose rouge, fleur d'espoir, d'amour et de passion.

 

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